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Placer l'État africain et ses institutions au cœur du développement

éditorial
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Placer l'État africain et ses institutions au cœur du développement

À l'ouverture du sommet de l'UA, deux rapports de l'OSAA des Nations Unies soulignent un message clair : il n'y a pas de paix durable sans États forts, légitimes et dotés de ressources suffisantes.
2026-02-13
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Les membres du Conseil exécutif de l'Union africaine posent pour une photo de groupe à l'occasion de l'ouverture de leur 48e session ordinaire dans la salle plénière Nelson Mandela au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, réaffirmant leur engagement en faveur de l'unité, d'une gestion durable de l'eau et d'une intégration continentale accélérée.
Union africaine
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Alors que le sommet de l'Union africaine s'ouvre à Addis-Abeba, l'Afrique est confrontée à une question déterminante : comment affirmer sa place stratégique dans un contexte géopolitique fragmenté et un multilatéralisme de plus en plus hésitant ?

Les dirigeants africains se rallient néanmoins autour du renforcement des institutions continentales et de l'affirmation de leur appropriation de la voie du développement du continent.

Deux rapports récents du Bureau du Conseiller spécial pour l'Afrique (OSAA) des Nations Unies proposent une feuille de route opportune et convaincante : le Rapport sur les causes des conflits en Afrique et le Rapport 2025 du NEPAD sur le financement du développement. Ces deux rapports soulignent une vérité fondamentale : une paix durable en Afrique est inséparable d'États forts, légitimes et dotés de ressources suffisantes.

Le rapport de l'OSAA sur les facteurs de conflit met en évidence un défi récurrent et profondément structurel : l'absence persistante ou la faiblesse de l'État dans de nombreuses régions. 

Cette absence n'est pas seulement géographique. Elle est fonctionnelle et se manifeste par une prestation de services limitée, des institutions faibles, un accès inégal à la justice et une érosion de la confiance du public. 

Ces lacunes ont créé un terrain fertile pour les groupes armés non étatiques, les organisations extrémistes et les changements anticonstitutionnels de gouvernement.

Dans plusieurs pays, ces acteurs ont comblé le vide laissé par des institutions fragiles, offrant des services rudimentaires ou une sécurité minimale, et sapant ainsi la légitimité de l'État.

Cette érosion du contrat social n'est ni soudaine ni accidentelle. Elle est le résultat cumulé d'un héritage historique, de déficits de gouvernance, d'un développement inéquitable et d'une architecture financière mondiale qui limite la marge de manœuvre budgétaire de l'Afrique. 

Le rapport NEPAD 2025 souligne cette réalité avec une grande lucidité : l'Afrique ne peut parvenir à un développement durable sans un financement durable, et un financement durable est impossible sans une mobilisation plus forte des ressources nationales et un meilleur contrôle des flux économiques et financiers.

Toutefois, les rapports mettent également en lumière une voie à suivre, fondée sur l'appropriation africaine, le renforcement des institutions et un engagement renouvelé en faveur d'un développement inclusif.

Tout d'abord, la reconstruction des capacités de l'État doit être au cœur du programme de paix et de développement de l'Afrique. Cela implique d'investir dans des administrations publiques capables de fournir des services de manière équitable, de défendre les droits de l'homme et de répondre aux besoins des citoyens. 

Cela signifie également étendre la présence de l'État dans les régions mal desservies, où le vide de gouvernance a trop souvent été comblé par des groupes armés. Le renforcement des institutions va au-delà des exercices technocratiques ; il s'agit de projeter efficacement l'image de l'État en tant qu'acteur du maintien de la paix. 

Deuxièmement, l'Afrique doit retrouver sa souveraineté budgétaire. Le rapport du NEPAD souligne que le continent perd chaque année beaucoup plus en raison des flux financiers illicites, des manipulations des prix commerciaux et des inefficacités qu'il ne reçoit en aide publique au développement. Pour inverser cette tendance, il faut mettre en place des systèmes fiscaux progressifs, améliorer la gestion des dépenses publiques et prendre des mesures énergiques pour réduire les fuites. 

La mobilisation des ressources nationales ne concerne pas seulement les recettes, mais aussi le rétablissement des fondements du contrat social en garantissant que les ressources publiques sont collectées et dépensées de manière transparente, équitable et conforme aux priorités nationales. 

Le déploiement de la technologie peut également changer la donne en réduisant le coût de la mobilisation des ressources et en utilisant les données pour garantir que l'Afrique obtienne sa juste part des ressources générées par ses actifs. 

Au niveau continental, l'UA a pris des mesures importantes dans ce sens en 2025 avec l'adoption de la Stratégie de mobilisation des ressources nationales (2025-2033), créée pour combler un déficit de financement supérieur à 3 300 milliards de dollars dans le cadre du deuxième plan décennal de mise en œuvre.

Troisièmement, la coopération au développement doit évoluer. Trop souvent, l'aide extérieure contourne les systèmes nationaux, affaiblissant involontairement les institutions mêmes qu'elle cherche à renforcer. Les rapports appellent à une transition vers des stratégies de développement à long terme, menées au niveau national, qui renforcent les capacités de l'État plutôt que de les remplacer. 

Les partenaires au développement doivent s'aligner sur les priorités nationales, soutenir la réforme du secteur public et investir dans des outils de gouvernance numérique qui renforcent la transparence et la responsabilité.

Enfin, le situation de la gouvernance en Afrique est pluriel. Les autorités traditionnelles, les systèmes judiciaires coutumiers et les mécanismes de protection sociale communautaires restent au cœur de la vie quotidienne de millions de personnes. 

La reconnaissance et l'intégration de ces systèmes, tout en garantissant leur conformité avec les normes relatives aux droits de l'homme, peuvent renforcer la légitimité de l'État et la cohésion sociale.

Ce sommet de l'UA offre l'occasion de traduire ces idées en actions concrètes. En plaçant les capacités de l'État, la souveraineté fiscale et la gouvernance inclusive au centre de son programme, l'UA peut contribuer à tracer la voie vers un continent plus pacifique, plus prospère et plus résilient.

L'avenir de l'Afrique sera façonné non seulement par les défis auxquels elle est confrontée, mais aussi par les institutions qu'elle met en place.


M. Adam est directeur des politiques, du suivi et du plaidoyer au Bureau du Conseiller spécial pour l'Afrique des Nations Unies.

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Directeur de la politique, du suivi et du plaidoyer au Bureau du conseiller spécial pour l'Afrique des Nations Unies