On parle souvent du lien entre la paix et le développement socio-économique. Pouvez-vous partager vos réflexions à ce sujet, compte tenu de votre rôle de président de l'ECOSOC ?
Certainement. Ce lien fait partie de l'agenda de l'ECOSOC depuis de nombreuses années, et c'est toujours le cas aujourd'hui.
Au début des années 1990, j'ai partagé une recommandation avec l'ECOSOC, l'Assemblée générale des Nations Unies et le Conseil de sécurité des Nations Unies concernant la nécessité d'une approche globale du développement, des conflits et des défis humanitaires. Cette recommandation incluait la nécessité de coordonner le soutien aux pays en conflit. L'ECOSOC a créé un mécanisme en 2002, qui était un groupe consultatif ad hoc sur les pays africains sortant d'un conflit. À cette époque, il n'existait pas de commission de consolidation de la paix.
Ce groupe consultatif a transféré sa responsabilité à la Commission de consolidation de la paix en 2007-2008. Ce mécanisme nous permet d'examiner de plus près la manière dont les dynamiques sociales et économiques s'entrecroisent avec l'insécurité politique, et à partir de ce processus, nous sommes en mesure de formuler des recommandations à l'attention du Conseil de sécurité, qui est un autre organe principal des Nations Unies avec lequel nous travaillons étroitement.
L'Assemblée générale des Nations Unies a maintenant mandaté une réunion sur la transition de l'aide au développement. Il existe donc désormais une nouvelle plate-forme, qui vient d'être approuvée par l'Assemblée générale et qui permettra de promouvoir les synergies entre le développement, l'aspect humanitaire et le soutien à la paix dans les sociétés.
Pouvons-nous réaliser le rêve d'une Afrique sans guerre ?
Oui. L'Afrique, par le biais de l'Union africaine (UA), a adopté en 2013 le thème Faire taire les armes d'ici 2020 (désormais étendu à 2030). La clé pour avoir une Afrique qui n'est pas en conflit ou en guerre, c'est quand les armes se taisent.
Faisons tout ce qu'il faut pour faire taire ces armes. Je crois que l'UA a convenu des mécanismes pour y parvenir. Nous devons mettre en œuvre ce qui a été convenu, les décisions prises par les dirigeants africains eux-mêmes pour faire taire les armes. Je ne pense pas que nous devions renoncer à cet objectif. Je crois que nous pouvons y arriver.
Compte tenu des conflits civils qui sévissent actuellement dans différentes régions d'Afrique, en plus de la crise climatique et de la situation du COVID-19, pensez-vous que les pays peuvent encore atteindre les objectifs des ODD d'ici 2030 ?
Oui. Je suis très positif car je pense qu'il y a de la valeur à être positif. Nous aurons une chance d'atteindre les ODD si nous considérons la situation de la même manière que je conseille de considérer les discussions sur le changement climatique lors de la CdP26, c'est-à-dire si nous utilisons l'expérience de ce défi pour nous engager dans des méthodes plus transformatrices d'approche des ODD. J'ai l'espoir que nous y parviendrons. Je sais que c'est trop ambitieux.
Je voudrais aborder la question des niveaux d'endettement de nos pays. Je sais qu'il se passe beaucoup de choses pour alléger la dette des pays d'Afrique. Oui, certains pays africains ont reçu ou se sont vus offrir un allègement partiel du service de la dette, une suspension du service de la dette, par le G20.
Et je sais que des travaux sont en cours sur l'annulation de la dette des pays vulnérables. C'est très important car cela offre un soutien en liquidités nécessaire pour au moins répondre à la pandémie de COVID-19, qui est le défi le plus immédiat. Cela permettra également aux pays de créer l'espace fiscal nécessaire pour travailler à la réalisation des ODD.
Les ODD ont été délibérément conçus pour être très ambitieux, et je pense que nous pouvons encore les atteindre.
Je pense que si nous adoptons une approche intégrée pour apporter les changements structurels nécessaires à la réalisation des ODD, nous pouvons y parvenir. Nous parlons de la bonne transformation sociale et économique, de la lutte contre le changement climatique de différentes manières, de la réduction des inégalités, de l'extension de la protection sociale, de l'amélioration de l'accès à la santé, à l'éducation et plus encore.