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Les droits de l’homme dans l’action humanitaire

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Les droits de l’homme dans l’action humanitaire

Un projet du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme transforme les camps de réfugiés en communautés
2026-06-09
Refugees participating in a community dialogue forum within the Dadaab refugee-hosting area.
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Des réfugiés participant à un forum de dialogue communautaire dans la zone d'accueil des réfugiés de Dadaab.
Halgan CBO
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l’homme dans le camp de réfugiés de Dadaab renforce la protection des droits de l’homme, développe les capacités et apporte un soutien aux réfugiés, aux communautés d’accueil et aux organisations de la société civile, alors que le pays s’oriente vers l’intégration des réfugiés.

L’approche du Kenya en matière de gestion des réfugiés est à un tournant. Alors que le pays commence à s’éloigner des systèmes de camps en place depuis longtemps pour s’orienter vers un modèle axé sur l’intégration, certaines régions du nord du Kenya, en particulier les camps de réfugiés de Dadaab, continuent de refléter le poids persistant du déplacement. 

Comptant parmi les plus grands et les plus anciens camps de réfugiés au monde, et abritant plus de 409 000 réfugiés, Dadaab représente l’une des situations humanitaires les plus prolongées à l’échelle mondiale, marquée par des pénuries chroniques de ressources, l’insécurité et des décennies de marginalisation. 

Ces dernières années, le Kenya a mis en place d’importantes réformes visant à relever ces défis. La loi de 2021 sur les réfugiés et le plan « Shirika » marquent une évolution vers un cadre plus inclusif et fondé sur les droits, conçu pour améliorer la protection tout en créant des opportunités communes tant pour les réfugiés que pour les communautés d’accueil. Ces politiques témoignent d’une certaine ambition, mais leur traduction en changements concrets reste inégale.

« Alors que le Kenya passe d’un modèle centré sur les camps et dépendant de l’aide humanitaire à un modèle d’intégration locale, la réalité est que Dadaab reste marqué par des ressources limitées, une coordination défaillante et une méfiance entre les réfugiés et les communautés d’accueil », a déclaré le professeur Francis E. Owakah, du Centre pour les droits de l’homme et la paix de l’université de Nairobi.

Son avertissement souligne une préoccupation plus large : sans investissement soutenu dans les compétences, les systèmes et le renforcement de la confiance, la transition risque de ne pas tenir ses promesses. Selon M. Owakah, les lacunes en matière de capacités et de coordination pourraient porter atteinte à la fois à la dignité des réfugiés et à la stabilité des communautés.

La consolidation de la paix et la cohésion sociale doivent être délibérément intégrées dans la gestion des réfugiés si l'on veut que les politiques progressistes du Kenya en matière de réfugiés, telles que la loi de 2021 sur les réfugiés et le plan Shirika, portent leurs fruits.
Professeur Dr Francis E. Owakah
Université de Nairobi, Centre pour les droits de l'homme et la paix

« La consolidation de la paix et la cohésion sociale doivent être délibérément intégrées dans la gestion des réfugiés si l’on veut que les politiques progressistes du Kenya en matière de réfugiés, telles que la loi de 2021 sur les réfugiés et le plan Shirika, soient couronnées de succès », a déclaré M. Owakah.

Au-delà de la gestion des réfugiés, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a poursuivi son engagement plus large dans le nord du Kenya, visant à renforcer la résilience des communautés et la responsabilisation. 

Le Haut-Commissariat a soutenu les efforts visant à promouvoir une économie fondée sur les droits de l’homme au Kenya en formant les communautés à la budgétisation fondée sur les droits et en leur fournissant les outils nécessaires pour participer aux processus budgétaires au niveau des comtés, qui déterminent les allocations destinées aux services sociaux essentiels. Son engagement a également porté sur des initiatives de coordination entre les civils et les forces de sécurité, ainsi que sur des efforts de surveillance des droits de l’homme dans toute la région.

Le HCDH s’est efforcé d’aider le Kenya à combler cette lacune dans la gestion des réfugiés. Au cours des 18 derniers mois, une initiative collaborative menée par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, en collaboration avec des partenaires nationaux et internationaux, s’est attachée à intégrer la consolidation de la paix et la cohésion sociale dans les pratiques de gestion des réfugiés. 

En collaboration avec des institutions telles que la Commission nationale kenyane des droits de l’homme, l’université de Nairobi, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le HCR et le Programme alimentaire mondial (PAM), le projet visait à renforcer les systèmes de protection tout en favorisant la confiance entre les communautés.

« Dès le départ, le projet a été conçu avec soin, en intégrant la participation tout au long de la phase de mise en œuvre, avec des liens clairs entre ses différentes activités », a déclaré Ibrahim Abdi Kassim, responsable principal du service régional de la Commission nationale des droits de l’homme du Kenya, au bureau régional du Nord-Est. « Sa mise en œuvre a été méticuleuse, favorisant une compréhension approfondie du contexte et des structures qui soutiennent la protection des droits de l’homme bien après la fin du projet. »

Malgré des progrès mesurables, l’initiative touche désormais à sa fin en raison de contraintes budgétaires, ce qui soulève des inquiétudes quant à la pérennité des acquis.

Vincent Omunyin, responsable des droits de l’homme des Nations unies au Kenya, a souligné les risques liés à une réduction du soutien à un moment critique. Il a mis en avant le rôle du suivi continu et de l’engagement dans la protection des populations vulnérables.

« Les réfugiés sont exposés à de nombreuses atteintes et violations des droits de l’homme, la violence sexiste apparaissant comme la préoccupation la plus courante », a déclaré M. Omunyin.

Au complexe de réfugiés de Dadaab, au Kenya, les participants se réunissent à l'occasion d'un forum de dialogue inclusif sur les droits de l'homme organisé par Halgan, une organisation dirigée par des réfugiés. Crédit photo : Halgan CBO

Impact sur les communautés

Le projet visait avant tout à renforcer les capacités au sein même des communautés et des institutions. En 18 mois, il a mobilisé 1 261 participants — parmi lesquels des responsables gouvernementaux, des travailleurs humanitaires et des défenseurs des droits de l’homme — grâce à des programmes de formation ciblés. Ces efforts ont contribué à renforcer les mécanismes de responsabilisation, à améliorer la compréhension des protections juridiques et à promouvoir des approches inclusives et fondées sur les droits.

L’un des volets les plus marquants du projet a été la création de forums sur les droits de l’homme. Ces plateformes ont réuni des réfugiés et des autorités, permettant ainsi un dialogue ouvert et une résolution collaborative des problèmes. En mettant en relation les titulaires de droits et les détenteurs d’obligations, ces forums sont devenus un espace permettant d’aborder les griefs et d’identifier des solutions concrètes.

Pour les organisations de base, l’impact a été immédiat et tangible. Anab, fondatrice et directrice de Halgan, une organisation dirigée par des réfugiés, a décrit comment cette initiative a transformé leur travail.

« J’ai grandi dans les camps. Nous faisons partie de la communauté, et nous connaissons ses besoins, ses défis et ses problèmes en matière de droits de l’homme », a déclaré Anab.

Grâce à son engagement auprès des dirigeants communautaires, des groupes de jeunes, des personnalités religieuses et des populations marginalisées, Halgan s’est efforcée de sensibiliser aux droits et d’encourager le signalement des abus. La formation a renforcé sa capacité à mener un plaidoyer efficace et à dialoguer tant avec les acteurs gouvernementaux qu’avec les acteurs non étatiques.

« Nous avons vraiment tiré profit de cette formation », a-t-elle déclaré. « Votre bureau nous a informées et formées sur nos droits. Nous ignorions l’existence de certains d’entre eux, mais depuis cette formation, nous savons désormais que nous avons nos propres droits, et qu’être réfugiée ne signifie pas que nous n’en avons pas. »

Au-delà de la défense des droits, le projet a contribué à renforcer la résilience et à créer des opportunités. Halgan a apporté son soutien à des jeunes en situation de vulnérabilité, notamment ceux présentant un risque de suicide, et a permis à plus de 600 femmes de créer leur petite entreprise en leur ouvrant la voie vers l’autonomie économique.

« Cela nous a vraiment changés, et nous ne pouvons pas considérer cela comme acquis. Ce projet nous a soutenus, mais nous avons besoin de plus. Nous avons besoin d’un engagement accru et d’un renforcement des capacités. Nous avons besoin d’une plus grande collaboration de votre part », a déclaré Anab. « Le taux de violations et d’abus des droits de l’homme, de vulnérabilité et d’absence de responsabilité en matière de droits de l’homme reste élevé. » 

« Nous demandons que ce travail se poursuive afin que nous puissions toucher davantage de personnes, pour qu’elles puissent se soutenir mutuellement et défendre leurs droits », a-t-elle ajouté. 

Pour Anab et d’autres, l’importance de cette initiative va au-delà du simple soutien technique. Elle est synonyme de reconnaissance, de dignité et d’autonomie dans un contexte marqué par le déplacement forcé.

« Être réfugiée, c’est notre vie, mais ce n’est pas notre choix », a-t-elle déclaré. « Nous n’avons pas choisi d’être des réfugiées. »

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