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L'Afrique a les plans, mais cette décennie décisive exige des résultats concrets

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L'Afrique a les plans, mais cette décennie décisive exige des résultats concrets

2026-07-15
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Au cours des deux dernières décennies, en travaillant sur les questions de développement africain au sein du système des Nations unies, j’ai été témoin de l’émergence de certains des cadres de développement les plus ambitieux et les plus complets au monde. L’Agenda 2063 de l’Union africaine propose un plan d’action audacieux pour « l’Afrique que nous voulons », tandis que l’Agenda 2030 pour le développement durable offre une voie universelle vers la prospérité, l’inclusion et la durabilité.

Aujourd’hui, le défi auquel l’Afrique est confrontée n’est plus celui de la planification. C’est celui de la mise en œuvre.

Cette réalité était au cœur des discussions lors de la Journée de l’Afrique, organisée le 30 juin dans le cadre du Forum politique de haut niveau sur le développement durable (FPHN) de 2026, où des décideurs politiques, des ministres, des acteurs du développement et des partenaires se sont réunis autour du thème « Maintenir l’élan : des actions transformatrices et coordonnées pour l’Agenda 2030 et l’Agenda 2063 ». Le message issu de ce dialogue était clair et sans équivoque : l’Afrique a mis en place les cadres nécessaires ; elle doit désormais accélérer la mise en œuvre.

Le moment ne pourrait être plus critique. L’année 2030 est dans moins de quatre ans. 

L’Afrique est entrée dans la phase de mise en œuvre du deuxième plan décennal de mise en œuvre (2024-2033) de l’Agenda 2063. Il est encourageant de constater que le premier examen biennal de ce deuxième plan décennal, réalisé par l’Union africaine, confirme que les pays africains ont accompli des progrès significatifs dans l’alignement de leurs plans de développement nationaux et de leurs institutions sur les priorités continentales et les Objectifs de développement durable (ODD). L’engagement politique est bien présent. L’appropriation nationale se renforce. Les fondations ont été posées.

La prochaine étape passe par la mise en œuvre. Tout d’abord, l’Afrique doit passer d’une approche par « agendas parallèles » à une mise en œuvre intégrée. Depuis trop longtemps, l’Agenda 2063 et les ODD ont souvent été considérés comme des exercices de rendus distincts, se disputant des capacités institutionnelles et des ressources financières limitées. Les gouvernements devraient plutôt mettre en place des cadres intégrés de planification, de budgétisation, de mise en œuvre, de suivi et de rendus qui permettent à une stratégie nationale de développement unique de servir simultanément ces deux agendas.

L’intégration réduit les doublons, renforce la responsabilité et améliore la cohérence des politiques. Plus important encore, elle garantit que les interventions de développement se renforcent mutuellement plutôt que de fonctionner en silos. Les investissements dans l’eau favorisent les résultats en matière de santé ; l’accès à l’énergie stimule l’industrialisation ; les infrastructures numériques améliorent l’éducation, la gouvernance et la productivité ; et les villes résilientes créent des opportunités d’emploi et d’innovation.

Les défis du développement sont étroitement liés. Les solutions doivent l’être tout autant.

Deuxièmement, l’Afrique doit transformer les mécanismes d’examen en outils de mise en œuvre.

Cette année, 19 pays africains présenteront leurs examens nationaux volontaires (ENV) au Forum politique de haut niveau (FPH) le 15 juillet, lors de la session ministérielle consacrée au thème : « Faire progresser l’Agenda 2030 pour le développement durable et l’Agenda 2063 grâce à des actions transformatrices et coordonnées », faisant ainsi preuve d’un engagement louable en faveur de la transparence, de l’apprentissage entre pairs et de la responsabilité. 

Pourtant, les VNR devraient aller au-delà de la simple documentation des réalisations et du recensement des défis.  Leur plus grande valeur réside dans l’identification des lacunes politiques, des blocages institutionnels, des contraintes financières et des obstacles à la mise en œuvre. Correctement utilisés, les VNR peuvent devenir des outils de diagnostic aidant les gouvernements à hiérarchiser les réformes, à renforcer les institutions et à améliorer les résultats en matière de développement.

De même, les examens locaux volontaires (VLR) devraient devenir des instruments centraux pour la localisation du développement durable. Après tout, les citoyens ne font pas l’expérience du développement à travers des indicateurs mondiaux ou des cadres continentaux. Ils en font l’expérience grâce à l’accès à l’eau potable, à une électricité fiable, à des écoles de qualité, à des logements abordables, à des réseaux de transport, à des établissements de santé et à des emplois décents au sein de leurs communautés. La localisation n’est donc pas une considération secondaire. C’est là que le développement réussit ou échoue.

Troisièmement, l’Afrique doit placer la gouvernance et la coordination institutionnelle au cœur des efforts de mise en œuvre. De nombreux défis en matière de développement persistent non pas en raison de la faiblesse des politiques, mais à cause de la fragmentation des institutions, du chevauchement des mandats et d’une coordination insuffisante entre les secteurs et les différents niveaux de gouvernement.

Aucun ministère ne peut à lui seul atteindre les ODD.

Le ministère de l’Énergie ne peut pas mener à bien l’industrialisation sans infrastructures de transport. Les ministères chargés de l’eau ne peuvent pas assurer l’assainissement universel sans la participation des autorités chargées de l’urbanisme. Les gouvernements nationaux ne peuvent pas garantir un développement inclusif sans les collectivités locales. De même, les institutions publiques ne peuvent pas réussir sans la participation active de la société civile, du monde universitaire, des organisations de jeunesse, des institutions de financement du développement et du secteur privé.

L’avenir appartient aux gouvernements capables de rassembler, de coordonner et de collaborer.

Quatrièmement, le financement de la mise en œuvre doit devenir aussi important que le financement des ambitions.

L’Afrique est confrontée à d’importants déficits de financement dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’industrialisation, de l’adaptation au changement climatique et de la protection sociale. Pourtant, le défi ne réside pas uniquement dans la quantité de financements disponibles ; il concerne également la qualité et l’alignement des investissements.

Les pays devront renforcer la mobilisation des ressources nationales, améliorer l’administration fiscale, réduire les flux financiers illicites, développer les marchés des capitaux et aligner davantage les dépenses publiques sur les priorités nationales de développement. Des instruments de financement innovants, des mécanismes de financement mixte et une participation accrue du secteur privé seront également essentiels.

Il est tout aussi important de veiller à ce que chaque dollar investi ait un impact mesurable sur le développement. Les budgets sont des déclarations d’intention. Les choix en matière de dépenses publiques doivent refléter les priorités de développement.

Cinquièmement, la transformation numérique de l’Afrique doit s’accélérer.

L’élaboration de politiques fondées sur des données factuelles repose sur des données fiables, des systèmes statistiques solides et des cadres de suivi modernes. Or, de nombreux pays continuent de faire face à d’importantes lacunes en matière de données, qui entravent la planification et la reddition de comptes.

Les technologies numériques peuvent contribuer à surmonter ces défis.

L’intelligence artificielle, les technologies géospatiales, les infrastructures publiques numériques, les systèmes d’e-gouvernance et les plateformes de suivi en temps réel offrent des opportunités sans précédent pour améliorer la prestation de services, renforcer la transparence et soutenir la prise de décision fondée sur des données factuelles.

La croissance rapide des écosystèmes d’innovation et des pôles technologiques du continent est source d’optimisme. Le défi consiste désormais à déployer ces solutions à grande échelle et à veiller à ce que la transformation numérique serve les priorités de développement plutôt que d’aggraver les inégalités.

Enfin, les partenariats restent le plus puissant multiplicateur de développement en Afrique.

Les gouvernements ne peuvent à eux seuls mener à bien ni l’Agenda 2063 ni les ODD.  Le succès dépendra d’une collaboration renforcée entre les institutions régionales, le système des Nations unies, les banques multilatérales de développement, les organisations de la société civile, les universités, les réseaux de jeunes, les communautés et le secteur privé.

La prochaine Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, co-organisée par le Sénégal et les Émirats arabes unis, offre une occasion importante de mobiliser une action collective autour de l’un des atouts de développement les plus stratégiques de l’Afrique : l’eau. 

L’histoire du développement de l’Afrique a toujours été marquée par la résilience, l’adaptation et le potentiel.

Le continent aborde cette décennie décisive avec des institutions plus solides, des stratégies plus claires, une intégration régionale plus poussée et une génération de jeunes innovateurs et entrepreneurs capables de redessiner son avenir. La Zone de libre-échange continentale africaine, l’économie numérique en pleine expansion du continent et les investissements croissants dans les énergies renouvelables et les infrastructures constituent autant de raisons d’être optimistes.

Mais l’optimisme à lui seul ne suffira pas à atteindre ces objectifs. C’est la mise en œuvre qui y parviendra.

L’histoire se souvient rarement de la qualité des plans élaborés par les nations. Elle se souvient des résultats qu’elles obtiennent. L’Afrique a déjà montré au monde entier qu’elle était capable d’élaborer des visions ambitieuses. La tâche qui nous attend désormais consiste à mettre en place les institutions, les partenariats, les mécanismes de financement et les systèmes de mise en œuvre capables de transformer ces visions en réalité.

La décennie de la planification est terminée. La décennie de la concrétisation a commencé.

David Wright est chargé des affaires économiques au Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique des Nations Unies.

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Chargé des affaires économiques auprès du Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique des Nations Unies