Fatou Haidara, adjoint au directeur général de l'ONUDI et directeur général de la Direction des partenariats mondiaux et des relations extérieures, et Francisca Tatchouop Belobe, commissaire de l’Union africaine chargée du développement économique, du commerce, du tourisme, de l’industrie et des ressources minérales, réfléchissent à ce que cette nouvelle décennie signifie pour l’Afrique et aux mesures nécessaires pour traduire ces ambitions en progrès industriels.
La proclamation par l’Assemblée générale des Nations unies de la quatrième Décennie du développement industriel pour l’Afrique (IDDA IV) représente bien plus qu’une simple étape symbolique.
Dans un contexte marqué par l’évolution des paysages géopolitiques, économiques et technologiques, elle reflète la reconnaissance internationale croissante du fait que la transformation industrielle durable de l’Afrique est vitale, non seulement pour l’avenir du continent, mais aussi pour la prospérité mondiale.
Soutenue par plus de 140 co-parrains et approuvée par 176 États membres, ainsi que par le Conseil exécutif de l’Union africaine, l’IDDA IV est la Décennie la plus solidement ancrée sur le plan politique à ce jour. Cela revêt une importance particulière à un moment où la coopération internationale au développement et le multilatéralisme sont mis à rude épreuve.
La proclamation souligne que l’industrialisation est cruciale pour la transformation productive de l’Afrique, sa diversification économique, la création d’emplois décents, la réduction de la pauvreté et la croissance à long terme. Elle appelle également la communauté internationale à soutenir les efforts d’industrialisation de l’Afrique afin de contribuer à la réalisation de l’Agenda 2063.
S’appuyant sur son prédécesseur, la quatrième Décennie pour le développement industriel de l’Afrique (IDDA IV) définit un programme de transformation intégré, qui aligne les réalités structurelles de l’Afrique sur les opportunités et les défis d’une économie mondiale en rapide évolution.
La troisième Décennie du développement industriel a placé l’industrialisation de l’Afrique au cœur de l’agenda politique mondial, a permis de mobiliser plus de 700 initiatives conjointes avec des partenaires de développement et des institutions financières, et a renforcé le soutien aux politiques industrielles dans l’ensemble des États membres africains.
Ces réalisations constituent une base solide sur laquelle s’appuyer. Toutefois, d’importants obstacles structurels – déficits en matière d’infrastructures et d’énergie, capacités de production limitées, faible absorption des technologies et accès insuffisant au financement – doivent encore être surmontés.
L’Afrique entame la quatrième décennie du développement industriel dans un contexte marqué par la volatilité et le changement, mais aussi par des opportunités sans précédent.
Opportunités
Malgré des chocs mondiaux et régionaux récurrents, le continent a fait preuve de résilience. Les Perspectives économiques 2026 de la Banque africaine de développement indiquent que la croissance du PIB réel a atteint 4,4 % en 2025, ce qui place l’Afrique parmi les régions du monde connaissant la croissance la plus rapide.
Avec près de 12 millions de jeunes entrant chaque année sur le marché du travail, la population jeune de l’Afrique est un moteur majeur de sa prospérité future.
Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont en pleine reconfiguration, et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est en train de créer le plus grand marché intégré émergent au monde, ouvrant la voie à l’intégration commerciale régionale, aux chaînes de valeur et aux économies d’échelle.
Les technologies numériques transforment les systèmes de production à l’échelle mondiale, offrant à l’Afrique l’opportunité de dépasser les modèles industriels traditionnels. La transition numérique stimule l’innovation dans la transformation agricole et les technologies agricoles adaptées au changement climatique. Elle alimente également la demande mondiale en minéraux essentiels, dont les pays africains riches en ressources peuvent tirer parti en développant une valeur ajoutée locale.
Parallèlement, l’essor de la classe moyenne africaine, l’urbanisation et l’évolution des préférences des consommateurs contribuent à l’expansion des marchés, qu’il s’agisse des produits alimentaires transformés ou des produits pharmaceutiques. La poursuite de l’intégration régionale dans le cadre de la ZLECA (Zone de libre-échange de l’Afrique) renforce encore cette dynamique.
La convergence de ces tendances offre à l’Afrique une opportunité historique qui pourrait ne plus se présenter sous la même forme.
Avec la proclamation de l’IDDA IV, le mandat est défini ; la tâche urgente consiste désormais à passer à l’action.
La Commission de l’Union africaine (CUA) et l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) s’engagent à piloter conjointement ce processus, en tant que deux institutions chargées par l’Assemblée générale des Nations unies de diriger la mise en œuvre de la Décennie.
La priorité immédiate pour les 18 prochains mois est d’élaborer un programme d’action collaboratif. Ce cadre permettra de traduire le mandat de la Décennie en investissements ciblés, en plateformes de financement sûres et en résultats mesurables à l’échelle des corridors nationaux et régionaux.
La quatrième Décennie pour le développement industriel de l’Afrique (IDDA IV) ne fait pas cavalier seul. Elle s’aligne sur les principaux cadres et initiatives continentaux, notamment la ZLECA, le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) et la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), tout en réunissant les différents acteurs nécessaires pour faire progresser l’industrialisation de l’Afrique.
L’ONUDI, en tant qu’agence spécialisée des Nations unies pour le développement industriel, apporte son expertise technique et stratégique, sa présence sur le terrain et des modèles opérationnels éprouvés pour mettre en œuvre l’IDDA IV sur le terrain, notamment par le biais de ses programmes de partenariat avec les pays.
La Commission de l’Union africaine (CUA), forte de son mandat politique à l’échelle du continent et de sa solide capacité de coordination, peut harmoniser les politiques en matière de commerce, d’infrastructures, de finances et d’industrie afin de favoriser la mise en œuvre de l’IDDA IV.
Cet effort sera coordonné avec l’Agence de développement de l’Union africaine – Partenariat pour le développement de l’Afrique (AUDA-NEPAD), la Commission économique pour l’Afrique, le Groupe de la Banque africaine de développement, Afreximbank, les communautés économiques régionales, les partenaires de développement et les acteurs du secteur privé.
Toutefois, pour réussir, l’IDDA IV a besoin d’un financement adéquat et durable. Elle nécessite la mise en place d’un écosystème d’investissement industriel et doit faire de l’engagement du secteur privé un pilier central de sa mise en œuvre.
Les gouvernements et les organisations internationales peuvent créer un environnement propice, coordonner les partenariats et soutenir les réformes politiques. Mais c’est le secteur privé qui construit les usines, crée des emplois et relie les économies aux chaînes de valeur régionales et mondiales.
La prochaine phase se concentrera donc sur la mobilisation de capitaux publics et privés, la structuration de projets bancables capables d’attirer des investisseurs institutionnels, et le recours à des mécanismes de financement mixte pour réduire les risques liés aux investissements sur les marchés émergents.
La prochaine phase sera donc axée sur la mobilisation de capitaux publics et privés, la mise en place de projets bancables susceptibles d’attirer des investisseurs institutionnels, et le recours à des mécanismes de financement mixte afin de réduire les risques liés aux investissements sur les marchés émergents.
La quatrième Décennie internationale pour le développement industriel (IDDA IV) n’est pas simplement une nouvelle décennie internationale. Elle représente l’occasion de redéfinir le rôle de l’Afrique dans l’économie mondiale, en passant du statut d’exportateur de matières premières à celui de producteur de biens à valeur ajoutée, et de moteur de l’innovation industrielle et de la croissance durable.
Mme Fatou Haidara est adjoint au directeur général de l'ONUDI et directeur général de la Direction des partenariats mondiaux et des relations extérieures, tandis que Mme Francisca Tatchouop Belobe est commissaire chargée du développement économique, du commerce, du tourisme, de l’industrie et des ressources minérales à la Commission de l’Union africaine (CUA).

