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En Sierra Leone, un parcours de la lutte pour la survie vers la promesse d’un nouvel avenir

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En Sierra Leone, un parcours de la lutte pour la survie vers la promesse d’un nouvel avenir

L'histoire de Moinjama Bockarie montre comment l'autonomisation des femmes peut les aider à reconstruire leur vie et à impulser le changement.
2026-06-16
Gbotima farmers in Kenema District.
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Les agriculteurs Gbotima du district de Kenema.
Osman Benk Sankoh
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À 27 ans, Moinjama Bockarie s’est présentée devant une délégation composée de représentants du gouvernement, de responsables de l’ONU, de partenaires au développement et de ses pairs, et a trouvé sa voix.

Lorsque le groupe s’est rendu dans sa communauté de Ngombu, dans le district de Kenema, Moinjama a discrètement levé la main, puis s’est avancée avec détermination. Lorsqu’elle a commencé à parler, des applaudissements ont retenti, un geste d’encouragement de la part de l’assistance. Mais en quelques instants, l’atmosphère a changé.

« J’ai quitté l’école très jeune », a-t-elle déclaré. « Je devais subvenir aux besoins de ma famille. » 

Son père était décédé alors qu’elle n’était encore qu’un bébé. Sa mère avait du mal à faire vivre la famille. N’ayant guère d’autres options, Moinjama a pris une décision qui allait changer sa vie et marquer sa jeunesse. Elle s’est retrouvée à la rue.

La nuit, elle rejoignait d’autres filles sur une route célèbre de Kenema, où elles gagnaient juste assez pour survivre au jour le jour. Tout ce qu’elles gagnaient servait à acheter de la nourriture et des vêtements. Il n’y avait ni économies, ni filet de sécurité. Il y avait peu d’espoir d’un avenir meilleur.

Pour la ministre de l’Égalité des sexes et de l’Enfance de la Sierra Leone, le Dr Isata Mahoi, les histoires comme celle de Moinjama ne sont pas rares. Pourtant, entendre celle-ci de vive voix, brute et sans filtre, avait un poids différent.

Moinjama n’a pas baissé les bras. Aujourd’hui, elle est agricultrice, étudiante à l’université, mère et symbole de toutes les possibilités.

Le tournant décisif dans sa vie est survenu grâce à un programme soutenu par ONU Femmes dans le cadre de l’initiative « Autonomisation économique des femmes dans les communautés résilientes ». 

Moinjama Bockarie effectue une visite des fermes communautaires en compagnie de responsables. © Osman Benk Sankoh

Mis en œuvre en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire et la coopérative agricole Unity Women, ce projet d’une durée de deux ans fournit aux femmes et aux jeunes les outils nécessaires à leur épanouissement, notamment l’accès à une agriculture adaptée au changement climatique, une formation en matière financière, l’accès aux marchés et une formation aux compétences entrepreneuriales.

L’acceptation et l’impact du programme n’ont toutefois pas été immédiats.

« Nous avions déjà suivi une formation auparavant, et nous ne l’avions pas prise au sérieux », se souvient Moinjama. « Ainsi, lorsque nous avons été invitées à nouveau, beaucoup d’entre nous avaient des doutes. »

Encouragée par son amie de longue date, Mme Isha Songa, Moinjama s’est jointe à 25 autres jeunes femmes pour créer l’organisation paysanne Gbotima à Ngombu. 

Leur parcours a débuté par une formation sur les associations villageoises d’épargne et de crédit, une initiation simple mais efficace aux principes fondamentaux de la gestion financière et à l’épargne.

Ce soir-là, quelque chose a basculé. 

« Je n’ai pas pu dormir après le premier jour », se souvient-elle. « Je pensais à ma vie, à mon enfant et à ma mère. J’ai réalisé que je devais changer », raconte Moinjama.

Elle a commencé par épargner seulement 25 leones sierra-léonais (SLE), soit l’équivalent de 1,10 dollar américain, par jour. 

Au fil du temps, ses économies ont atteint 220 dollars américains, soit plus d’argent qu’elle n’avait jamais réussi à économiser auparavant. Un an plus tard, ses économies avaient doublé. 

Moinjama Bockarie s'adresse à la communauté. © Osman Benk Sankoh

Cet argent lui a permis de s’inscrire à l’examen du West African Senior School Certificate, lui rouvrant une porte qu’elle croyait fermée depuis longtemps.

Aujourd’hui, Moinjama est étudiante en première année à l’Université technique de l’Est à Kenema, où elle suit des études d’agriculture avec une spécialisation en pêche et aquaculture. 

Au-delà des salles de classe, sa transformation est également visible sur le terrain. Elle gère désormais une exploitation agricole où elle cultive des arachides, du riz, du maïs, des concombres et d’autres cultures, générant ainsi des revenus pour subvenir aux besoins de sa famille.

« L’agriculture a transformé ma vie », a-t-elle déclaré à la délégation avec un sourire. « Je m’occupe de mon enfant et j’aide ma mère. J’ai repris mes études. Je suis heureuse. »

Au cours des cinq prochaines années, Moinjama espère construire sa propre maison et faire en sorte que son fils reçoive une meilleure éducation que celle qu’elle a eue. Elle souhaite mener une vie que les autres puissent admirer et imiter.

Pour renforcer sa résilience économique, elle a également diversifié ses compétences. Elle a depuis suivi une formation en installation solaire. 

Malgré toutes ses réalisations, l’ambition de Moinjama est d’aider les autres à s’élever à mesure qu’elle continue de progresser économiquement.

« Je veux plus d’opportunités pour les femmes et les filles », a-t-elle déclaré. « Plus de projets, plus de bourses d’études et plus de formations professionnelles pour celles qui sont encore en difficulté. »

Pour Kadija Isata Jalloh, spécialiste de l’autonomisation économique des femmes à ONU Femmes Sierra Leone, l’histoire de Moinjama illustre l’effet d’entraînement de l’investissement dans les femmes.

« Lorsque les femmes ont accès à des opportunités, à des compétences, à des financements et à des réseaux de soutien, elles ne se contentent pas de transformer leur propre vie ; elles deviennent des catalyseurs de changement au sein de leurs familles, de leurs communautés et de la nation », a déclaré Mme Jalloh.

Alors que la Sierra Leone poursuit son initiative « Feed Salone », qui vise à transformer l’agriculture en un secteur solide, productif et commercialement viable, des femmes comme Moinjama jouent un rôle essentiel dans la concrétisation de cette vision. Elles ne sont pas seulement les bénéficiaires des programmes de développement ; elles contribuent activement à les faire avancer.

La leçon à tirer de la Sierra Leone est claire : la voie de la transformation passe par la libération du potentiel de ses femmes. L’autonomisation des femmes, en particulier celles qui ont été confrontées à une extrême vulnérabilité, libère une puissante force de changement. 

Le parcours de Moinjama, de la lutte pour la survie à la promesse d’opportunités, donne un aperçu de ce qui est possible. Son histoire n’est plus celle de la survie. C’est une histoire de possibilités.


Osman Benk Sankoh est chargé de communication et de plaidoyer au Bureau des Nations Unies en Sierra Leone.

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