Il y a vingt-cinq ans, le monde a pris un engagement historique : reconnaître les femmes non seulement comme des victimes de la guerre, mais aussi comme des leaders, des artisanes de la paix et des décideuses.
Lorsque le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 1325 en octobre 2000, il a lancé le programme « Femmes, paix et sécurité » (WPS), un engagement mondial visant à garantir la participation égale des femmes à la construction et au maintien de la paix.
Un quart de siècle plus tard, des progrès ont été réalisés, mais la paix reste difficile à atteindre dans de nombreuses régions du monde. Les guerres se multiplient, la violence à l'égard des femmes augmente et le financement de la consolidation de la paix diminue. Les défenseurs de cette cause affirment que le message est simple : si le monde veut vraiment la paix, il doit investir dans les femmes.
« Lorsque les femmes dirigent, la paix suit », déclare Miryam Djangala-Fall, militante centrafricaine et survivante de violences sexuelles liées au conflit. « Nous [les survivantes] devons être pleinement impliquées dans les processus de paix avant, pendant et après les conflits. Rien sur nous sans nous. »
Selon ONU Femmes, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record de 2 700 milliards de dollars en 2024, tandis que moins de 0,5 % de l'aide aux pays touchés par des conflits a été allouée à des organisations de femmes. Selon les experts, ce déséquilibre montre à quel point les priorités mondiales se sont éloignées de la consolidation de la paix.
« Les pays investissent massivement dans les armes au lieu d'investir dans la prévention », déclare un responsable d'ONU Femmes. « C'est comme essayer d'éteindre un incendie tout en ajoutant du combustible. »
Les conséquences sont visibles : les femmes et les filles sont quatre fois plus susceptibles d'être tuées dans les conflits qu'auparavant, et les cas de violences sexuelles liées aux conflits ont augmenté de 87 % entre 2022 et 2024.
Pendant ce temps, les associations féminines locales, qui sont souvent les premières à intervenir lorsque des violences éclatent, ont du mal à rester ouvertes en raison des coupes budgétaires.
Qu'est-ce que le programme « Femmes, paix et sécurité » ?
Le programme WPS repose sur quatre piliers qui relient la paix et l'égalité des sexes :
Prévention : mettre fin aux conflits avant qu'ils ne éclatent et prévenir toutes les formes de violence à l'égard des femmes et des filles.
Protection : protéger les droits et la sécurité des femmes et des filles dans les situations de conflit et d'après-conflit.
Participation : veiller à ce que les femmes soient impliquées de manière significative dans toutes les décisions relatives à la paix et à la sécurité, des conseils locaux aux négociations nationales.
Secours et relèvement : répondre aux besoins spécifiques des femmes et des filles pendant et après les conflits, notamment en matière d'accès à la nourriture, aux soins de santé et à la justice.
Progrès
Malgré les défis, le leadership des femmes fait la différence.
En Colombie, les négociatrices de paix ont contribué à mettre fin à des décennies de guerre civile et façonnent désormais le processus de justice transitionnelle du pays.
Au Soudan du Sud, des femmes chargées du maintien de la paix, comme la commissaire de police Christine Fossen, encadrent de jeunes officiers et instaurent la confiance avec les communautés.
Au Mozambique, des femmes déplacées comme Quibibi Faquihe Buana forment d'autres femmes à la prévention de la violence sexiste et au signalement des abus.
Ces exemples montrent que les processus de paix ont plus de chances de réussir et de durer lorsque les femmes y participent. Des études le confirment : les accords de paix signés par des hommes et des femmes ont 35 % plus de chances de tenir pendant au moins 15 ans.
Les défis à relever
Pourtant, le fossé entre les engagements et la réalité reste important. Aujourd'hui, seule une négociation de paix sur dix inclut des femmes parmi les négociateurs.
De nombreux plans d'action nationaux sur les femmes, la paix et la sécurité restent sous-financés ou ignorés. Et dans trop de pays, les droits des femmes font l'objet d'un retour de bâton.
Le manque de données masque également l'ampleur réelle des souffrances. Sans statistiques fiables, les crimes tels que les violences sexuelles restent impunis et les survivantes ne bénéficient d'aucun soutien. « Lorsque nous ne comptons pas les femmes, elles ne comptent pas », note un rapport de l'ONU Femmes.
Un appel à l'action
L'ONU Femmes et ses partenaires exhortent les gouvernements à financer intégralement leurs engagements en faveur des femmes, de la paix et de la sécurité, à renforcer les systèmes de protection et à veiller à ce que la voix des femmes soit entendue dans chaque processus de paix. L'organisation soutient également les initiatives menées par des femmes, documente les crimes de guerre et forme des femmes à des rôles de direction dans les domaines de la sécurité et de la gouvernance.
Comme le dit Pédrica Saint-Jean, ministre haïtienne des Droits des femmes : « L'égalité et l'autonomisation ne doivent pas être des luxes. Ce sont des conditions préalables à la paix. »
Cette année marque à la fois le 25e anniversaire de la résolution 1325 et le 30e anniversaire de la Déclaration de Pékin, autre plan d'action mondial pour l'égalité des sexes. Ensemble, elles rappellent au monde que la paix ne peut être atteinte sans la pleine participation et le leadership des femmes.
S'il y a une leçon à tirer des 25 dernières années, c'est bien celle-ci : une paix construite sans les femmes est une paix bâtie sur du sable.

